Discours de Michel Vaspart prononcé à l’occasion de la commémoration du 75e anniversaire de l’Appel du 18-Juin, à Pleudihen, le 21 juin 2015

7DSC00158

Madame la Députée,
Mesdames, Messieurs les Maires et Elus,
Mesdames, Messieurs les Représentants des forces civiles et militaires,
Mesdames, Messieurs,

 

C’est aujourd’hui le 75ème anniversaire de l’appel du Général de Gaulle du 18 juin 1940 et, à quelques jours près, c’est également le 71ème anniversaire de la mort d’Emile Bouétard.

Aujourd’hui, 18 juin 2015, nous sommes là pour nous souvenir de cet appel du Général de Gaulle que Monsieur Léon CHAPON nous a lu, il y a quelques instants.

A Pleudihen, plus qu’ailleurs, l’histoire unit cet Appel du 18-Juin et la mort d’Emile Bouétard, dans cette nuit sombre des landes bretonnes de Plumelec, le 6 juin 1944.

Le Général de Gaulle, alors à Londres, a, au travers de cet appel, suscité partout en France, et surtout en Bretagne, la volonté de certains de résister à l’agresseur ou de le rejoindre. Ce fut le déclenchement de vastes mouvements de résistance, la constitution de réseaux, la clandestinité, l’immense danger d’être hors-la-loi aux yeux des Allemands et ainsi d’être sans cesse exposé aux tortures ou à la sentence suprême.

Sans la volonté farouche du Général de Gaulle de faire en sorte que la France soit toujours présente et continue à jouer son rôle, sans tous ceux qui l’ont rejoint, sans tous ceux qui ont résisté à l’envahisseur, sans tous ceux qui refusaient une Europe des dictatures, sans tous ceux qui ont organisé la Résistance au péril de leur vie, sans tous ces hommes de conviction, de courage et d’exception, avec à leur tête le chef incontestable et incontesté de la France libre, la France ne serait pas restée la France dans sa grandeur et sa fierté, et dans le rôle qu’elle devait ensuite jouer (malheureusement moins aujourd’hui) dans le concert des Nations.

Il y a des moments où des hommes d’exception ont rendez-vous avec l’Histoire, et ce fut le cas ce 18 juin 1940.

Pendant quatre longues années, les Français libres ont tissé leur toile, ont constitué leur réseau avec d’autres, afin de préparer et de faire en sorte que la France joue pleinement son rôle le jour J.

Et puis, dans quelques jours, un autre moment de notre histoire sera commémoré, celui de l’arrestation et de la mort de Jean Moulin. Né en 1899 à Béziers, sous-préfet de son métier, en 1941, il rejoint Londres et le Général de Gaulle. Il est chargé d’unifier les mouvements de Résistance pour en faire une armée secrète.

En 1943, après un voyage à Londres, De Gaulle lui demande de créer le CNR (Conseil National de la Résistance). Jean Moulin participe à la création du Maquis du Vercors. Puis, le 21 juin 1943, à Caluire près de Lyon, où se tenait une importante réunion des principaux responsables de la Résistance française, il fut arrêté par la Gestapo dont le chef était Klaus Barbie.

Le 8 juillet 1943, Jean Moulin décéda lors de son transfert en Allemagne. Les cendres de Jean Moulin reposent dorénavant au Panthéon des grands Hommes de la République française depuis le 19 décembre 1964. André Malraux prononça ce jour-là un discours qui restera dans les annales des discours de la République française dont je cite juste un extrait :

 » Comme Leclerc entra aux Invalides, avec son cortège d’exaltation dans le soleil d’Afrique, entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège. Avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé, comme toi ; et même, ce qui est peut-être plus atroce, en ayant parlé ; avec tous les rayés et tous les tondus des camps de concentration, avec les huit mille Françaises qui ne sont pas revenues des bagnes, avec la dernière femme morte à Ravensbrück pour avoir donné asile à l’un des nôtres. Entre, avec le peuple né de l’ombre et disparu avec elle … »

Ici, à Pleudihen, il y a eu aussi des jeunes qui ont dit Non à l’oppresseur et à l’occupation.

Emile Bouétard, né à Pleudihen le 4 septembre 1915, faisait partie de ces hommes qui, à quelques encablures de leur pays, étaient impatients du jour où ils pourraient à nouveau fouler le sol de France pour faire capituler l’ennemi.

Chacun d’entre eux avait conscience que le sacrifice de leur vie n’était pas important, si ce sacrifice permettait à la France d’être libre, de retrouver sa dignité, sa liberté et son indépendance.

Beaucoup ont donné leur jeunesse, beaucoup ont donné leur vie parmi tous ceux qui, au travers du Spécial Air Service, ont été parachutés dans cette nuit du 5 au 6 juin. Hommage à ces bérets rouges.

Quelques jours avant cette nuit-là, à des amis anglais, Emile Bouétard écrivait, je cite : « Nous sommes, vous pouvez m’en croire, tous très heureux, comme nous ne l’avons point été depuis 4 ans, vous me comprendrez j’en suis sûr… De durs combats nous attendent, mais nous n’avons pas peur, car nous sommes là pour venger tous les crimes faits pendant ces longues années d’occupation… Ces crimes seront punis, je vous en assure, et je demande à Dieu de m’accorder la joie de pouvoir combattre sur le sol sacré de notre patrie depuis si longtemps souillé… J’espère être des premiers à débarquer dans mon cher pays que j’aime tant… »

Ce jeune caporal pleudihennais fut parachuté au-dessus de Plumelec, dans le Morbihan. Il avait grand-hâte de partir, de quitter l’Angleterre, de rentrer sur sa terre natale. Il fut stoppé cette nuit-là dans l’enthousiasme de sa jeunesse, par l’ennemi posté sur les hauteurs de Plumelec

Il eut ainsi le triste privilège d’entrer dans les livres d’histoire pour avoir été le premier mort allié du Débarquement sur les côtes de France. Il était alors 00h40 dans cette nuit sombre du 6 juin 1944.

Permettez-moi, parmi plusieurs citations, de vous lire celle-ci : « République Française – Armée de l’Air  – Décision n°139. Le Président du Gouvernement Provisoire de la République Française, Chef des Armées, cite à l’ordre de l’Armée Aérienne à titre posthume : Caporal Emile BOUETARD – matricule 35.410 – 2ème R.C.P. Type même du soldat d’élite. Parachuté en Bretagne, le 5 juin 1944, tomba en pleine nuit dans une région patrouillée par l’ennemi. Sommé de se rendre malgré une disproportion de forces énormes, n’hésita pas à engager le combat. Grièvement blessé au cours de cette action qui sauva ses camarades, il fut sauvagement achevé par les ennemis furieux de la Résistance qu’il leur avait opposée.

Cette citation comporte l’attribution de la Croix de Guerre avec Palme. Paris, le 9 novembre 1944. Signé : De Gaulle »

Puis, ce fut l’aube, une lueur d’espoir, l’Armada en marche vers la lumière du soleil levant. Des jeunes Américains, des jeunes Anglais, des jeunes Néo-zélandais, et tant de jeunes d’autres nations encore, devaient être eux aussi stoppés par l’ennemi sur les plages de Normandie, dans la plénitude de leur jeunesse, quelques heures après et les jours suivants.

Deux mois après, le 4 Août 1944, 3 jeunes Américains, alors bien loin de leur pays de leur village et de leurs familles, devaient laisser leur sang  dans les sillons de notre terre pleudihennaise pour libérer notre commune de l’envahisseur et ainsi contribuer à ce que nous restions français.

Il y a un an, le 11 juin dernier, nous recevions ici même Bob Hanson qui, du haut de ses 96 ans, grièvement blessé, donné pour mort, est revenu ici à Pleudihen sur le site de cette bataille qui devait nous libérer de l’oppresseur. Souvenons-nous : ils venaient du Massachussetts, de Virginie ou du Texas. Ils avaient 20 ans, 19 ans, 25 ans. Ils ont laissé leur jeunesse, une partie d’eux-mêmes et parfois leur vie. Cette rencontre avec ce vétéran Bob Hanson fut un grand moment pour moi-même et pour notre commune.

Après ces 3 et 4 août 1944, la longue marche libératrice devait encore durer près d’un an. Jusqu’à ces 6 et 9 août 1945, où le Japon devait payer chèrement son attaque surprise de Pearl Harbour 4 ans auparavant.

Cette histoire, bien évidemment trop brièvement résumée, cette histoire du siècle dernier, c’est notre histoire, l’histoire des familles d’où nous sommes issus. Alors, nous devons nous souvenir et nous devons pardonner mais nous ne devons pas oublier. Nous avons la responsabilité et le devoir de faire en sorte que le sacrifice de tant d’hommes soit au bénéfice de la paix.

Comme beaucoup d’autres communes de France, nous sommes jumelés avec une commune allemande. A la question à quoi sert encore un jumelage, bien entendu, à sceller et à conforter des amitiés en se souvenant que tout est fragile et parfois bien éphémère. J’en appelle à tous et aux jeunes générations, à tous les enfants de Pleudihen-sur-Rance, de France et d’ailleurs : devenez notre mémoire et soyez la mémoire des générations qui vous succèderont. Gravons ensemble, tout au fond de nos esprits, cette épitaphe : pardonne, mais n’oublie pas. Ils sont morts pour que nous restions français. Ils sont morts pour que nous vivions en paix.

 

Michel VASPART
Sénateur-Maire de Pleudihen-sur-Rance