Le Petit Bleu (site Internet) : à propos de la Charte européenne des langues régionales

Le maire de Pleudihen-sur-Rance est, avec son collègue d’Ille-et-Vilaine Dominique de Legge, l’un des deux seuls sénateurs bretons à avoir voté contre la Charte.

Mardi 27 octobre, le Sénat a enterré le projet de loi visant à valider la Charte européenne des langues régionales et minoritaires, par 179 voix contre 155. Michel Vaspart est l’un des deux seuls sénateurs bretons à avoir voté dans ce sens. Ce qui lui vaut d’être montré du doigt par les défenseurs de la langue bretonne. Le magazine L’Express, sous la plume de Michel Feltin-Palas, lui souhaitait d’ailleurs bien du plaisir à expliquer son vote en Bretagne…

L’intéressé s’affirme pourtant « tout à fait favorable aux langues régionales ». « Mes grands-parents ont appris le Breton avant le Français, signale le sénateur Les Républicains (LR). J’ai soutenu Diwan par le passé, à un moment où ça ne paraissait pas si évident qu’aujourd’hui. Je ne suis pas suspect d’être opposé à ce qu’on parle le Breton. »

Question de timing politique ?

Ce qui le chiffonne, c’est notamment le timing de ce projet de loi (qui, s’il avait été adopté, aurait peut-être fait marquer des points au camp socialiste, quelques semaines avant les élections régionales, NDLR). « François Hollande trouve que la priorité absolue, en ce moment, c’est la charte des langues régionales ?, s’exclame Michel Vaspart. Et pas le chômage, la question des migrants, l’image déplorable de la France à l’étranger… ? C’est assez agaçant. Il ne faut pas nous prendre pour des imbéciles (…) Il veut détourner l’attention des Français. »

Sur la Charte en elle-même, l’élu costarmoricain exprime aussi des réticences. Il prône en fait une certaine « prudence ». « Si demain le bilinguisme s’impose véritablement, cela signifie que tout citoyen pourra demander à toutes les administrations publiques – y compris les hôpitaux – d’avoir des documents rédigés en langue bretonne, qu’on lui réponde en langue bretonne… Il ne faut pas aller jusque là. » Cela poserait, selon lui, des difficultés d’organisation et serait « trop coûteux ».

Michel Vaspart se dit par contre favorable à la proposition de loi déposée par des sénateurs de droite, qui vise à « la promotion » des langues régionales et lui semble moins risquée « sur un plan juridique ».

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B.R.

Repères

Cette Charte fait obligation aux Etats signataires de reconnaître les langues régionales et minoritaires en tant qu’expression de la richesse culturelle. En France, c’est le Conseil constitutionnel qui s’était opposé à sa ratification en 1999. Le projet de loi présenté cette semaine visait donc à modifier la Constitution pour permettre l’adoption de la Charte.

Or, mardi, Dominique Bas, sénateur Les Républicains et rapporteur de la commission des lois, a présenté une « question préalable » – une motion de procédure – visant à rejeter ce projet de loi constitutionnelle. C’est cette motion qui a été adoptée par une majorité de sénateurs.

Sans cela, l’affaire aurait pu passer devant les députés (qui avaient massivement approuvé une proposition de loi similaire en janvier 2014). L’intention du président François Hollande était de convoquer le Congrès dans la foulée pour pouvoir entériner la Charte en 2016.